LES MONTRES

1960
TIRAGE: Unique
TECHNIQUE: Accumulation
DIMENSIONS EN MM.: 330 x 325 x 100
DESCRIPTION: Montres-oignons dans une boîte en plastique

« – JE DESSINAIS DES MONTRES ».

Arman va vers ses 25 ans à leur mariage où Éliane est enceinte de leur deuxième enfant. Ils feront un déjeuner très protocolaire jeunes mariés et beaux-parents. Ils ne parviendront jamais à tisser des liens plus avant. Pachatte veut garder son lien privilégié à son fils.

Lorsqu’Arman habite avec Éliane dans leur premier appartement Parc de la Californie alors qu’il travaille au magasin de meubles de son père pour gagner des subsides, il pêche la nuit au harpon dans la Méditerranée pour nourrir sa famille. Il continue de déjeuner (déjà végétarien) chez sa mère qui s’occupe d’ailleurs toujours de son linge.

Dans le living-room qui fait aussi leur chambre à coucher et l’atelier à peindre, il dessine sur les murs. Éliane passait ensuite les murs au case arti (enduit pour préparer les toiles) pour les reblanchir. Dans ces occasions, il parle de ces cinq premières années d’enfant qui dans la légende familiale sont blotties dans un secret. Il lui peint le regret qui lui reste des moments où il racontait au personnel et aux clients de l’hôtel les histoires autour de ses dessins.

« — Je dessinais beaucoup de montres… ».

Serait-ce là la source ? L’origine du lien à l’objet qu’Arman a perpétué tout au long de son parcours ?

ARMAN, AVEC L’OBJET, IL RACONTE TOUJOURS UNE HISTOIRE.

Ce que va montrer l’Histoire, c’est qu’un cycle de temporalité et un modèle relationnel au féminin se trouve initialisé.

Il a cinq ans lorsque sa mère et et son père se marient :

« — J’ai perdu le paradis ».

Le lien fusionnel mère-fils subit une transformation en même temps que se construit le lien avec Micheline (qui va perdurer toute sa vie). Lien dans lequel la différence d’âge (grande à cet âge : Arman a cinq ans et Micheline pas encore deux ans !) fait aussi une grande différence de maturité (physique et psychologique). Ici, c’est lui qui devient l’adulte dans une relation où il fait les passations pédagogiques.
Dans sa relation jusque là à sa mère, exclusive et de proximité, c’est lui qui apprenait de l’autre pour grandir ; dans son amitié fusionnelle (c’est son modèle de lien…) à Micheline, les rôles sont inversés.

Ce qui reste commun, c’est la proximité fusionnelle où les places peuvent s’interchanger quant à qui apprend et qui enseigne.

Lorsque cinq ans plus tard, Micheline part à Paris, cet éloignement reformule une séparation dans le hasard d’une temporalité identique.
Ces deux fois cinq ans avec pour finalité de se séparer, dans un miroir qui inverse les places et les rôles, vont figurer une décennie. Elle fera modèle temporel aux grandes histoires d’amour d’Arman.

Cette temporalité d’un cycle de 10 ans formate une temporalité affective que l’on retrouvera tout au long de sa vie.
Tout comme cette perméabilité des places de maître et d’élève dans le lien préfigure un rapport affectif qui ne se démentira pas.
Avec pour effet de voir rejaillir dans son développement de créateur l’effet de cette dialectique relationnelle : il a grandi dans l’apprentissage d’une grande capacité d’écoute et être écouté, dans l’expérience profonde de l’empathie à l’autre (talent que l’on retrouvera chez lui en continu : il « sait » l’autre et sait aussi en témoigner !).

 

 

Si la grandeur de l’œuvre a forcément à voir avec la capacité de contacter l’autre et de maîtriser le chemin à le trouver et se faire comprendre, Arman a cultivé d’origine ce potentiel à regarder et être regardé, compris et se faire comprendre.
Son œuvre et la place qu’il a prit dans l’histoire de l’Art Contemporain montre bien qu’il a su y faire avec son public : le spectateur sait « faire le tableau » qu’Arman raconte en le montrant.