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Lettre 0376, (nov. 1960)
                            Lundi soir
Avec Brissot et Esmet vu "et mourir de plaisir" OK c'est du bon cinéma peut-être le cauchemar en moins mais je commence à trouver le temps long et maintenant il faut encore rester. Je suis triste lorsque je considère ce que je t'apporte. je ne suis pas cet homme solide qu'il t'aurait fallu, je ne suis qu'un pauvre garçon avec ses problèmes et sans grande vision du monde applicable avec force comme une solution. non je suis ce Protée accroché à une idée une petite idée et tout l'or de Golconde à tes pieds ne rachèterait pas ces inquiétudes qu'un être faible doit apporter à ton âme et même je ne sais t'offrir tout ce que j'aime pour toi et j'ai grande peur que le moment approchant où je pourrai un peu te donner te trouvera usée rêche du plaisir de recevoir car tu auras trop attendu, pauvre vie.. et pourtant je crois qu'il n'en faut pas plus car une vie c'est taillé comme un vêtement à notre taille de géant dérisoire. Une éternité de café au lait et une seconde de désintégration atomique. j'ai hâte d'user ma veste pour trouver le repos, depuis quelques soleils, un zombie habite mes yeux et si je peux encore m'étonner, je ne crois plus que je puisse faire des culbutes et quoi qui ai je tiré qu'ai je fait. trop voulu arracher aux questions les habits de chair dont elles paraissent faites. Il est évident que la seule montre que l'on écoutera jamais ce sont les battements de son propre cœur et que tous les ressorts s'y détendant les uns dans les autres déroulant des spirales avec [fier] mais sans place prévue il ne reste plus dans ces cabrioles mécaniques qu'un peu de pitié pour ceux qui sont en train de vivre, chaude fourrure de cobaye...
Je t'aime je t'aime comme l'application de ton visage décalcomanié en mes pensées comme le souvenir de délicatesses inouïes devers tes paupières et vibrations nacrées dans ce qui doit palpiter en toi.
je t'aime comme l'arrachement à la folie de multiplier les cris arrachement par ta présence et ton silence qui rejette les cris si loin qu'ils n'ont pas encore existé.
                    Je t'aime       Arman