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Lettre-Mail1957-0254 (entête “Au Foyer”, datée 21-11-1957, envoyée 5 rue de la lingerie)
Mon Eliane,
Enfin il est 7H½ et je peux t’écrire. J’ai eu énormément de monde et de travail aujourd’hui, et ce matin dès le deuxième coup de téléphone il entrait des clients.
Oui, je fus contracté et mal à l’aise, mets-toi à ma place et au lieu de t’en plaindre félicites-t-en car : la jalousie, l’inquiétude, le vague à l’âme et instabilité que je ressentais ne pouvaient et ne peuvent qu’être imputés à de l’amour, et l’indifférence est je crois quant à moi beaucoup plus grave que les inconvénients d’une affection trop exclusive et absolue.
J’ai d’abord subi une sorte de vague malaise à la réception de 1 ou 2 lettres avant posté avant le départ et les lettres d’Allemagne manquaient de contact j’avais presque l’impression de mots hâtifs et non pensés.
Puis un peu de jalousie ridicule mais non évitable.
Puis après ce long silence, lundi j’ai attendu puis mardi puis mercredi et ce matin lorsque le facteur passa j’étais au désespoir le plus noir dansant sur un pied et sur l’autre.
Cette impression et cette instabilité m’ont empêché de peindre pendant une semaine.
J’ai vu tous les films de Nice et je me suis remis aux échecs où j’ai liquidé tous les joueurs d’un club de la rue en face des autocars.
J’envoie aujourd’hui 2 tableaux à René malheureusement je crois qu’ils arriveront après toi à la galerie et que tu ne les verras pas.  Le nom du revolver pour Claude : Smith et Wesson. Donne lui 6000 on ne sait jamais. J’ai comprimé le Senior le plus fort.
Armand qui t’aime trop, rayé.