LA CLÉ DE TOUTE L’HISTOIRE.

Si c’était la clé de toute l’histoire ?
 
De la question de sa vie d’homme à femmes et d’œuvres à accumuler ?
Historiens de l’art, à vos plumes : Arman ne voulait pas imiter Don Juan ni être Casanova.
 
Seulement donner corps à l’interlocutrice. Pour du vrai.
 
Quoi de plus naturel que de parler ensemble ? Ce parlé de l’origine ? Du secret du lien. De celle avec qui il s’en est bien dit long de leurs cinq ans de vie commune mère-fils dans cette chambre de l’hôtel de Grasse.
Ce soir il persiste à vouloir donner du sens, trouver l’endroit, la place de son père, de son fils ; le père, le fils.
Lui.
Une place d’homme qui ne soit pas celle de l’enfant dépendant pour se savoir du visage de l’autre qui l’écoute et qu’il écoute. Ce soir, il construit le récit pour recomposer l’image.
 
 
Je regarde et j’écoute…
Comme nous l'avons fait si souvent…
Penser et chercher à comprendre, c’est une éducation.
 
Ces femmes, ses femmes toutes défilent sons et images pour se raccorder dans leur place d’unique en multiple et je sais qu’elles ne se trompent pas.
Il les a aimées chaque, toutes, une seule, la même, ensemble.
Dans l’appétit infini du partage de la culture : du son, de l’écriture, du journalisme, de l’histoire de l’art, photographique, filmographique.
Pour les mots.
Pour la chose à dire, à montrer, à écouter.
LES LETTRES.
FEMMES DE LETTRES.
 
À l’ombre et lumière d’une bibliothèque de savoir, de celles qui donnent un enseignement… Mais oui il a dit si souvent et montré son admiration pour elle !
 

Extrait du journal d’Arman, entrée du 31 décembre 1992

« Mademoiselle, vous avez peut-être remarqué que je vous ai vue passer et vous ai suivi plusieurs fois. je me permets de laisser dans votre boite à lettre cette missive. J’ai l’audace de vous demander une chose, si vous n’êtes pas trop irritée par mon comportement. La prochaine fois que nous nous croiserons si vous souriez je me sentirai encouragé dans l’intérêt que je vous porte et dans le désir que j’ai de vous connaitre.
respectueusement,  
Antoine Fernandez

Extrait du journal d’Arman, entrée du 31 décembre 1992.

Je pense qu’il fut encouragé car je suis là pour en témoigner.
Mais ces années 27 — 28 — 29 — 30 — 31 — 32 — portent le poids pour ma mère de l’insécurité et de l’humiliation.
je me souviens de ma mère me tenant dans ses bras et qui pleurait. Aussi loin que je me souvienne des visites de mon père, il restait une partie de la soirée et il repartait pour rentrer chez sa mère. Les questions:  1°) s’ils n’avaient pas perdu leur fortune, est-ce que mon père aurait quand même épousé ma mère ?
2°) Quel fut le rythme régulier jour après jour des visites et durées de séjour de mon père ?
 

3°) Alors que ma mère était enceinte et après ma naissance, comment est-ce que mon père a subvenu à ses besoins puis nos besoins, puisque je crois qu’elle avait arrêté de travailler ?
4°) Quand a-t-il exactement ouvert la pâtisserie ? Je crois me rappeler que ma mère et sa sœur Louise y travaillait. Et combien de temps cette entreprise a-t-elle duré ?
5°) Quand mon père a-t-il annoncé notre existence à sa famille exactement ? Qu’est-ce qui a été dit, quelle a été la réponse et pourquoi avons-nous dû ensuite résider ma mère et moi à Grasse pour que mes parents puissent se marier ?  (ce séjour a eu lieu à l’hôtel Palace de Grasse, un grand Palace traditionnel, et peut-être est-ce alors que j’ai acquis un gout pour les palaces qui m’est resté toute la vie).
6°) Quel a été l’accord passé entre mon père, sa famille et ma mère,

Extrait du journal d’Arman, entrée du 31 décembre 1992

bien que je pense qu’elle n’y pouvait pas dire grand chose, pour les deux appartements loués rue Maréchal Joffre : un grand pour la famille, un petit pour nous. Quel a été exactement l’accord financier passé entre mon père et sa famille ? Pour autant que je me souvienne, il était le soutien de famille, mais tout en donnant la majeure partie de son argent à son père. Je me pose toutes ces questions maintenant, parce que les évènements de ma vie ces dernières années me semblent quelquefois avoir été construits partiellement dans le passé, tout au moins dans mon esprit.