Extrait d’une lettre d’Arman à Éliane Radigue

Non datée. 1960.

« MON CERTAIN MATIN, PAR PITIÉ, ÉCRIS MIEUX ».

La trentaine est passée, on dit que c’est un cap. Pour Arman et Éliane et leurs dix ans de vie ensemble, c’est le début d’une traversée rude.
Qui va, elle aussi, durer dix ans.
 
Arman avance vers la reconnaissance sociale tandis qu’Éliane a dû renoncer à la sienne : il faut attendre que les enfants grandissent.
Avec le succès, viennent aussi les moyens financiers.
 
Changement de tableau : la famille va s’installer Avenue de la Lanterne, sur une petite hauteur de Nice, vue sur la baie, villa avec jardin. Lord, le dogue allemand gris-bleu vient agrandir la famille. Mais surtout, le garage transformé en atelier va faire la différence : de l’espace, de la distance avec l’intimité de vie. Tous les gestes d’Arman finissent de se mettre en place : accumuler, couper, casser, brûler voient s’adjoindre l’utilisation de la résine polyester pour inclure dans la transparence. 
 
Parler d’Arman pour le montrer, c’est ne pas omettre de souligner que le judo, art martial exigeant, lui colle à la peau avec tout ce qui va d’énergie et de maîtrise du geste. Il est ceinture noire. 
 
Casser est devenu exploser ; accumuler s’est déployé dans du de plus en plus grand au fur et à mesure qu’il grandit et s’approprie des espaces de travail de plus en plus grands aussi.