Armand et sa mère à Grasse

Armand et sa mère à Grasse, 1933.

ARMAN ? Qu’est-ce qui te fonde ?

Arman naît à Nice en 1928. Nous ne savons pas ce qui a présidé à sa naissance. Souvent on ne sait pas, il n’y a pas de texte. Pour Arman, c’est comme souvent.
 
Sa mère, Marie Marguerite Jacquet venait de la campagne roannaise et débarque à Nice avec sa sœur. Ce serait une fugue. Elle trouve un travail chez un boulanger pâtissier. 
 
Son père, Antonio Francisco Fernandez, originaire d’Algérie, tombe amoureux d’elle en allant chercher son pain.
 
Une mésalliance a été la raison du départ des grands-parents paternels d’Arman en Algérie. Sa grand-mère, aristocrate s’est unie avec un roturier. De leur union vont naître quatre enfants : le premier appelé Armando décède de maladie dans ses jeunes années, Antonio, le deuxième s’occupera toute sa vie de ses deux sœurs en état de désordre mental.
 
C’est suite au décès de l’enfant et des problèmes de santé des autres que la famille riche est rentrée d’Algérie. Marguerite, enfant de parents paysans pauvres fait miroir au modèle d’origine : la mésalliance. Antonio cache sa liaison avec Marguerite.
 
Après la naissance d’Arman, elle vivra seule avec lui à Nice, puis dans un hôtel à Grasse où Antonio leur rend des visites clandestines pendant cinq ans. Dans cette cinquième année, Antonio tombe malade trois semaines sans pouvoir donner de nouvelles, Marguerite a eu très peur. C’est à la suite de cet évènement que l’officialisation de leur liaison se fait.
 
Arman vivait avec sa mère dans une relation très fusionnelle. Il dessine, beaucoup.
Il partage ses dessins avec le personnel et les clients de l’hôtel qui admirent sa dextérité. Et aussi les histoires qu’il raconte autour de sa production. Il décrira cette période comme un paradis perdu.
Armand et Micheline

Armand et Micheline à un corso fleuri à Nice, c. 1935.

Arman a 5 ans

À cinq ans, lorsqu’il rencontre ses grands-parents paternels, c’est un choc éducatif : sa grand-mère lui ordonnait de se tenir droit sur sa chaise à table sans bouger car la chaise faisait du bruit. Seul avec sa mère, il était le roi. Au mariage de ses parents, il rencontre la contrainte : c’est ainsi qu’il perd le paradis… Son père joue du violoncelle et peint. Sa mère s’occupe de leur appartement qui jouxte celui des parents de Micheline, son amie d’enfance.
 
 
Georgette, la mère de Micheline échange de fenêtres de cuisine à l’autre les recettes. Elles deviendront des amies proches ; c’est le seul lien amical à part celui à sa sœur Louise, connu de Marguerite.
 
C’est à l’âge de cinq ans qu’Arman rencontre Micheline qui va vers ses deux ans. Ils jouent ensemble au square et la différence d’âge n’empêche pas leur complicité de se créer sans se démentir puisqu’Arman ira ensuite dans la même école qu’elle pour ne pas en être séparé (la légende du cours de filles fait partie des reconstructions qui adviennent lorsqu’on refait l’histoire qui devient ainsi conte de fées… Dans les faits, le cours des demoiselles Poisât était mixte mais Arman n’y voyait que les filles, déjà !)
Il a 10 ans lorsque la famille de Micheline part à Paris. Les parents de Micheline vont divorcer.
 

 

Portrait d'Armand à 20 ans

Armand à 20 ans, 1948.

Arman a 20 ans

Micheline est de retour à Nice avec sa mère, sans un sou après cette séparation. Georgette, couturière crée un atelier de confection dans son appartement. 
 
Arman a rebaptisé ses parents : Fatheur tient le magasin de meuble « Au Foyer » et Pachatte reste femme de leur foyer à eux. Il trouve son père faible de caractère et reste très complice avec sa mère qui, souriante, agréable, semble soumise à la relation à Fatheur. C’est avec Arman qu’elle se déploie dans une relation où elle s’affirme : très proche dans leur passion commune animalière ; poules, lapins, araignées, c’est comme cela vient. Le rire de Pachatte reste le souvenir d’elle qui la qualifie.
 
Leur complicité dans ce lien aux animaux les verra tous deux perpétuer leur relation privilégiée et exclusive du début. Fatheur reste exclu : une figure un peu en retrait.
Pachatte et ses petits enfants

Pachatte et ses trois petits-enfants au Méou, c. 1960.

Le couple Fatheur-Pachatte

Le couple Pachatte-Fatheur va grandir et vieillir dans un climat de culpabilité : en 1956 lors d’un voyage en Autriche, ils ont un accident de voiture où Pachatte, passagère, est grièvement blessée. Fatheur refuse la mise en place des soins en urgence là bas et la rapatrie à Nice. C’est suite à ce temps perdu qu’elle va perdre un morceau d’os d’une jambe qui laissera une infirmité (elle a une jambe plus courte que l’autre). Fatheur restera toujours aux petits soins pour elle. Quoiqu’étonnamment, lorsqu’ils achètent le terrain dit « Le Méou » à Vence, pour leur retraite (qui deviendra le Bidonville), Pachatte avait demandé pour la construction de leur maison un balcon et une cheminée. Elle n’obtiendra l’un et l’autre que des années plus tard à l’agrandissement de la maison sous forme d’une pièce supplémentaire…
 
Si cette culpabilité laissait croire à une position plutôt dominante de Pachatte, au fond, rien n’est moins sûr. Le creuset de cette complicité entre Arman et sa mère s’est perpétué dans ce flou des places d’autorité. Pachatte restera une mère/amie/complice toujours (même des bêtises d’Arman). Elle sera une compagne de jeux (aussi dans ceux un peu limite lorsqu’il utilise pétards ou grenades dans sa période activiste d’après-guerre…)
 
À l’adolescence, Pachatte dira de son fils « — Faites attention à vos poules, je lâche mon coq ! ».
 
Son souhait était un mariage avec Micheline auprès de qui Arman fera une demande en bonne et due forme bouquet de roses rouges, qu’elle décline. Tandis qu’il cultive une liaison avec une petite main de l’atelier de couture, Marianne, plus âgée que lui. Il rencontre Éliane, qui fait elle aussi des travaux de couture pour la survie.
 
Musicienne, elle veut devenir compositeur. Pachatte n’a jamais accepté cette relation amoureuse avec Éliane qui va s’écrire dans la répétition du secret d’origine : 
Celle d’une histoire cachée avec une enfant.