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Eliane
Je n’ose plus écrire Monelia tellement j’ai la certitude que tu en as marre de moi de mes pompes de mes œuvres. Ici rien ne va plus je n’ai envie de rien en particulier et même pas de travailler pas de voir Joan pas de faire une nouvelle fille. Je crois comprendre que par ton mouvement tu as défait une construction délicate compliquée qui correspondait à des motivations complexes de mon désir de vivre. Tout n’existait que par la vertu de ta présence que ce soit négatif ou positif si tu enlèves la pièce principale le truc ne marche plus. Je ne te fais, crois-moi, aucun reproche car il est compréhensible que tu veuilles exister et non pas subsister dans des arbitraires et abstraites sections de temps et de places qui ne sont pas vraiment tiennes et que tu désires construire ton propre monde, tu aurais accepté d’être part du mien si tu y avais été la seule motivation non seulement la pièce principale mais aussi l’explication du monde pour moi la démonstration suffisante est nécessaire de notre amour. Je te comprends mais tout à coup vertigineusement et par la vertu de mes insuffisances de mes impuissances j’ai la révélation à la fois de la complexité de mes volontés et désirs et surtout la très grande force à la fois de création et d’analyse qui est à la base de presque tous les mouvements de mon âme. Si je subis mes pulsions je n’en suis jamais complètement prisonnier et par le fait être le spectateur de mon propre show j’arrive aux exigences les plus définitives quand la mise en scène et le jeu de l’acteur je ne me pardonne aucune faute aucune faiblesse et demande à être étonné chaque soir sinon je siffle tu avais la place à la fois du producteur et du directeur de théâtre. J’étais l’acteur et le metteur en scène. Je comprends que tu veuille changer de théâtre mais je t’échange tes yeux contre les miens avec amour.
arman