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Lettre-Mail1965-0576 (transcription des deux pages)
                Mon Eliane,
Tu ne m’as toujours pas donné de détails sur ce que tu comptes faire pour ta mère, ni de réponses quant à la maison et ce qu’ils ont proposé. Je comprends toutes tes angoisses et toutes tes rancœurs mais tu as seulement tort de t’énerver si tu ne peux plus supporter tout cela tu sais que je peux tout faire et dans tous les sens que de toute façon je m’arrangerai pour que tu aies le maximum mais il est évident que si chaque séparation doit amener des drames et que tu deviens de plus en plus vulnérable au lieu de plus en plus sage notre union est alors plus destructive que constructive… je t’aime mais il est pour moi pénible de constater que je ne suis capable que de te faire souffrir et je finis par en avoir l’épiderme sensibilisé. De toute façon je crois être malheureusement destiné à faire souffrir je ne trouve pas cela amusant et si je peux freiner je le fais mais surtout il ne faut pas perdre son calme et sa paix. La vie ne réservant hélas que plus d’épreuves que de joies et surtout il faut bien se rendre compte que nous n’avons absolument pas droit au bonheur. Le bonheur est un mot propagande que notre civilisation n’a que trop usé et abusé. Tout le monde attend le bonheur comme la pluie ou la manne.  des clous, le seul bonheur ou plutôt la seule satisfaction nous l’avons et l’avons d’une manière active et non passive, c’est en s’inscrivant dans la vie, c’est en souscrivant un engagement même dans un ordre contemplatif, c’est en ayant des buts des devoirs que l’on peut prétendre à l’existence, de plus c’est à partir de ces dérivations de l’acte dans le temps et la matière que les moments d’arrêt, les soupirs les méditations et les comptes prennent toute leur valeur. Parce que j’y crois et nous en avons parlé assez je pense pour que ce ne soit pas nouveau. C’est pour cela que je m’étonne de la violence de ces orages et de ton émotivité.
Tu te plains des responsabilités et bien combien voudrait tu avoir de responsabilités, tu te plains du peu de compensation il n’y a pas de compensations et personne n’a droit à des compensations cela est une survivance de la distribution des prix ou les premières récompenses à la cloche de Pavlov. Nous avons une durée remplissons la de nos pensées de nos actes de notre amour pour les choses et les autres, c’est-à-dire soyons positivement dirigés je ne prétends pas à la réussite mais mes angoisses devant la mort ne prennent pas un caractère apocalyptique car le sachant car toi aussi le sachant car nous tous le sachant, il n’est plus utile pour cela que nous cherchions à mériter des compensations ou trouvions un refuge dans des orages sentimentaux qui nous cachent les vraies angoisses. Une fois les choses posées prenons ce que nous apportent les conséquences sans amertume et lorsque nous sommes heureux ou croyons l’être, étirons nos membres, redressons l’épine dorsale et profitons-en. Si tu ne peux vraiment pas supporter alors séparons nous. Mais tu sais aussi bien que moi que tu ne diminueras pas pour autant tes responsabilités et que tu n’en auras pas pour autant des compensations. Je souffre des insuffisances que mon ego mal équilibré a à supporter, mais je crois que je n’en mourrai pas du moins pas tout de suite et encore il y a différentes morts et au lieu de souhaiter le bonheur j’appelle seulement le calme à mon secours ce qui est peut-être une forme valable de ce fameux bonheur, et j’en appelle à ce qui sera peut-être un bilan. Il y a lieu d’en faire sur beaucoup de colonnes et de plans. Que somme nous ? où allons- nous en posant la question GAUGUIN a donné peu de réponses que sa pauvre vie twistée et dans un certain sens ratée.  Mon amour pour toi est lumineux
                        et clair.      Arman